Pauvreté et exclusion : rompre la spirale

La multiplication des situations où se conjuguent faiblesse de revenus et hausse des charges contraintes conduit à une précarité financière croissante, le moindre accident de parcours entraînant des impayés. Mesurer plus finement les indices de pauvreté permettrait sans doute aux banques et aux travailleurs sociaux d’améliorer l’inclusion bancaire. Cette démarche doit aller de pair avec la mise en œuvre d’actions concrètes, de prévention et d’accompagnement.

2013_01_FP_Marai1Selon les statistiques de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes), la pauvreté touche 14 % de la population. La crise a encore précipité 800 000 personnes supplémentaires en situation de pauvreté monétaire (moins de 954 euros mensuels). Les personnes seules et les familles monoparentales constituent 50 % des personnes touchées par la pauvreté et l’exclusion. En 2009, hommes et femmes sans conjoint (avec ou sans enfant) représentaient 51,3 % de la pauvreté la plus sévère alors qu’ils constituaient 23,7 % de la population totale. En dix ans, la précarité s’est durablement installée comme le souligne le rapport annuel du Secours Catholique « Regards sur 10 ans de pauvreté ». L’Onpes a identifié deux grands types de public. L’un comprend des personnes sans logement ou hébergées par des tiers, l’autre des personnes logées mais qui se restreignent sur le quotidien (santé, alimentation, habillement) ; il s’agit de travailleurs pauvres ou précaires, de retraités, de chômeurs y compris des cadres. Selon le Secours Catholique, 60 % des ménages rencontrés ont des impayés qui portent sur des dépenses contraintes comme le loyer ou l’énergie.

Mesurer la pauvreté

La lutte contre la pauvreté requiert une observation plus fine que celle du seul revenu disponible. Raison pour laquelle a émergé la notion de « reste à vivre » (RAV). La diversité des modes de calcul nécessitait une définition homogène qu’a proposée le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et les exclusions sociales (CNLE) : ce qui reste après règlement des dépenses contraintes (loyer, énergie, télécommunications, impôts, assurances, frais de santé, éducation, transport, produits et services bancaires). Les tribunaux considèrent généralement, en cas de surendettement, que la personne devrait disposer d’environ 650 € par mois pour vivre, toutes charges déduites. Or le minimum vieillesse est de 742 €, l’allocation adulte handicapé de 743 €, le RSA de 417 €… Afin d’éviter aux plus pauvres de sombrer, une revalorisation des prestations sociales est réclamée par les associations caritatives qui préconisent en outre une réduction des charges fixes qui pèsent proportionnellement plus sur les familles modestes.

Lutter contre l’exclusion bancaire

Lors de la conférence de lutte contre la pauvreté des 10 et 11 décembre dernier, le groupe de travail contre l’exclusion bancaire, présidé par François Soulage, président du Secours Catholique, s’est satisfait de l’efficacité du dispositif du droit au compte ainsi que du développement de moyens de paiement alternatifs au chèque. Pour les ménages pauvres, il a toutefois déploré des difficultés d’usage du compte conduisant à une accumulation de frais bancaires. Les frais d’incident sont plafonnés ; ce sera bientôt le cas des commissions d’intervention . Cette revendication du Manifeste pour l’inclusion bancaire en France des populations fragiles, qui dénonçait une spirale dénuée de toute valeur pédagogique, a en effet été reprise par le gouvernement. L’une des propositions émises par le groupe de travail portait sur l’amélioration des pratiques bancaires envers les populations fragiles : détection précoce des difficultés financières et prévention du surendettement. Les associations prônent l’instauration d’un « fichier positif » centralisé qui indiquerait le nombre de prêts existants. Cela éviterait aux ménages pauvres de se lancer, faute d’autres solutions, dans une accumulation de dettes. Le gouvernement a retenu cette proposition. Le groupe a également insisté sur le nécessaire renforcement de l’accompagnement de ce public et, plus encore, d’un travail de fond sur l’éducation budgétaire. En effet, l’accompagnement et l’éducation budgétaires constituent des gardefous face aux tentations de la société de consommation. La connaissance des pratiques bancaires pourrait ainsi éviter des découverts onéreux. L’un des leviers porte notamment sur le renforcement de la formation des travailleurs sociaux aux questions d’argent, de budget, de surendettement.

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